Ressource gratuite

3 agents financiers de Claude. Et comment les utiliser.

Anthropic vient de publier gratuitement des agents conçus pour le travail d'analyste financier. Mon métier, c'est justement d'évaluer les risques financiers des entreprises. Et donc j'ai regardé ces 3 agents précisément avec cet œil-là, et voilà ce que j'en retiens : ce qu'ils font, comment on y accède vraiment, et comment relire ce qu'ils te sortent.

Guide n° 1Lecture 8 minutesPar MONARQ, analyste risque

1 — Le cadre

Ce que c'est, exactement

Alors commençons par poser le décor, parce qu'il y a une confusion à lever tout de suite.

Anthropic maintient un dépôt public qui s'appelle :

github.com/anthropics/financial-services-plugins

Dedans, il y a onze modèles d'agents et plus de cinquante commandes d'analyse financière. Du DCF, des comparables, des modélisations, de la revue de résultats, de la note de comité d'investissement. Concrètement, c'est le genre de ressource qu'on trouvait jusqu'ici dans des salles de marché, et qui se facturait des dizaines de milliers d'euros par an.

Et aujourd'hui c'est quasiment gratuit.

Maintenant la confusion. Ce n'est pas un simple bouton dans Claude. Si tu ouvres une conversation classique, tu ne verras rien de tout ça. Et bien c'est exactement là que la plupart des gens s'arrêtent.

Autre chose, pour ceux qui auraient du mal avec l'anglais. Les modèles sont principalement en anglais, mais pas d'inquiétude, c'est très facile à gérer. Essaie d'installer en anglais ou en français si tu peux, et à la fin, au moment des prompts, ajoute un « traduis les résultats en français » afin que Claude te donne ses retours en français.

2 — L'accès

Comment on y accède vraiment

Quatre étapes, et je les donne dans l'ordre, parce que chacune dépend de la précédente.

  1. 01

    Il faut un plan payant

    Alors autant te le dire tout de suite pour ne pas te faire perdre de temps : le plan gratuit ne suffit pas. Le premier palier qui ouvre l'accès, c'est Claude Pro, à 20 dollars par mois. Il inclut Cowork et Claude Code, et ce sont précisément les deux portes de l'étape suivante.

  2. 02

    Choisir sa porte d'entrée

    Deux chemins mènent aux mêmes agents. Cowork, avec sa marketplace de plugins, c'est celui que je recommande si tu n'es pas développeur. Claude Code passe par son propre système de plugins : plus technique, même résultat. Dans le doute, prends Cowork.

  3. 03

    Installer les plugins finance

    Tu ajoutes le dépôt anthropics/financial-services-plugins comme source de plugins, et tu installes les agents qui t'intéressent. Et à partir de là, les commandes sont disponibles directement dans tes conversations.

    Boîte de dialogue « Ajouter une place de marché » avec l'URL du dépôt financial-services-plugins
    L'ajout de la marketplace : tu colles l'URL du dépôt dans le champ, tu laisses la synchronisation automatique activée, et tu valides.
  4. 04

    Savoir ce que ça consomme

    Et maintenant le point que personne ne mentionne, alors qu'il va te surprendre. Ton quota est partagé entre toutes les surfaces. Anthropic le confirme officiellement : ce que tu consommes sur claude.ai, sur Claude Code et sur l'application bureau tombe dans la même limite. Donc faire tourner un modèle financier mange le même budget que le reste de tes usages.

3 — Les outils

Les trois agents.

Pour chacun, je te montre trois choses : ce qu'il fait, à quoi il sert quand on gère son propre argent, et le piège qu'il te tend.

Agent 01

Earnings Reviewer — le relecteur de résultats

Tu lui donnes une publication de résultats. Il lit le rapport, il en sort ce qui compte, et il t'aide à répondre à une seule question : est-ce que les raisons qui t'ont fait acheter cette action tiennent toujours ?

Et bien c'est l'usage le plus sain des trois, et je vais te dire pourquoi. Parce qu'il travaille sur un document que toi tu lui donnes. Donc sur des faits vérifiables, et pas sur ce que le modèle croit se souvenir.

Sortie de la commande /earnings-analysis sur Microsoft, résultats du quatrième trimestre
Regarde l'avant-dernier bloc : « Rating: MAINTAIN BUY, Price Target: $550 ». C'est exactement ce dont je te parle au contrôle n° 5. L'agent conclut comme un analyste sell-side, parce qu'il a été conçu pour eux. Toi, tu n'as pas de client à convaincre. Cette ligne-là, tu la coupes.

Maintenant le piège. Il résume bien, mais il résume ce qu'on lui donne. Si tu lui passes le communiqué de presse au lieu du rapport complet, il te restitue la version que l'entreprise a choisi de raconter.

Donc concrètement : donne-lui le document complet, jamais le résumé.

Agent 02

Market Researcher, la veille de portefeuille.

Tu lui indiques les entreprises que tu détiens. Et chaque jour, il compile ce qui les concerne : actualités, résultats, annonces, changements de dirigeants.

Maintenant, l'intérêt réel n'est pas de tout savoir. Personne n'a besoin de tout savoir. L'intérêt, c'est de ne pas découvrir six mois trop tard qu'une thèse s'est cassée.

Profil d'entreprise généré : revenus par segment, marges et capitalisation de Microsoft
Un profil d'entreprise monté automatiquement : revenus par segment, marges opérationnelles, capitalisation. Et la source citée en bas de tableau, ce qui te permet de vérifier.

Et là, attention. Claude n'a pas les cours en temps réel, pas nativement. Il lit le web et les fichiers qu'on lui donne. Pour de vraies données de marché, il faut brancher une source — un connecteur comme Alpha Vantage, vérifié par Anthropic, et dont la clé est gratuite.

Donc concrètement : sans source branchée, un agent de veille te donne principalement des nouvelles.

Agent 03

Equity Research, la boîte à outils de l'analyste

Celui-là s'utilise aussi en tapant une commande. Quelques exemples de commandes : /thesis formalise ta thèse d'investissement sur une société. /catalysts tient le calendrier de ce qui peut faire bouger le titre. Et /earnings-preview prépare une publication de résultats avant qu'elle tombe.

Maintenant, ce qui compte vraiment là-dedans, c'est je pense la commande /thesis. Parce qu'écrire noir sur blanc pourquoi tu achètes, c'est exactement ce qui t'empêche de vendre en panique six mois plus tard.

Sortie de la commande /thesis sur Microsoft : fiche d'identité et thèse centrale
La sortie de /thesis : la fiche d'identité chiffrée à gauche, la thèse centrale rédigée à droite. C'est le document que tu relis dans six mois, quand le marché baisse et que tu as envie de tout vendre.

Et là, attention. Ces commandes sortent des documents qui ressemblent à de la recherche institutionnelle, avec les tableaux et les graphiques qui vont avec. Le format inspire confiance. Mais un rapport de dix pages produit en trois minutes reste un brouillon à relire.

Donc concrètement : commence par /thesis, et laisse le reste aux professionnels qui en vivent.

4 — La méthode

La grille de relecture MONARQ

Alors on arrive à la partie qui compte vraiment.

Tout le monde va te montrer ces agents. Presque personne ne va te dire quoi vérifier avant de les croire. Et bien c'est précisément mon métier. Voilà les cinq contrôles que je passe, dans cet ordre, avant d'utiliser une sortie pour décider quoi que ce soit.

  1. 01

    Faire remonter les hypothèses

    C'est le plus important, alors on commence par lui. Une valorisation n'est jamais un fait. C'est le résultat d'hypothèses que quelqu'un a choisies. Alors exige-les.

    « Liste toutes les hypothèses de ce modèle, leur valeur, et la source de chacune. Indique celles que tu as choisies toi-même faute de donnée. »

  2. 02

    Dater les données

    Un chiffre sans date ne sert à rien. Demande la période couverte, l'exercice de référence, et le document d'origine.

    « Pour chaque chiffre financier utilisé : sa date, son exercice de référence, et le document d'où il vient. »

  3. 03

    Sonder trois chiffres au hasard

    Tu ne vas pas tout vérifier, c'est impossible, et je ne le fais pas non plus. Alors prends trois chiffres au hasard dans la sortie et recoupe-les avec le document officiel. Si les trois tiennent, la confiance monte. Et si un seul est faux, toute la sortie redevient suspecte.

  4. 04

    Réclamer le scénario baissier

    Un modèle converge naturellement vers une valorisation. Il cherche à conclure. Mon métier fait exactement l'inverse : il cherche ce qui casse la thèse. Alors demande-le explicitement, parce que l'agent ne le fera pas spontanément.

    « Construis le scénario dans lequel cette entreprise perd 50 % de sa valeur. Quelles hypothèses doivent se retourner, et quelle est leur probabilité ? »

  5. 05

    Repérer la phrase qui ressemble à un conseil

    Si la sortie se termine par quelque chose comme « c'est un bon point d'entrée », arrête-toi là. Ce n'est pas ce que fait l'outil, et ce n'est pas ce que tu dois en attendre. Tu as une analyse à relire. La décision reste la tienne, et le risque aussi.

5 — Les limites

Ce que ça ne remplace pas

Alors terminons par la partie honnête, celle qui va t'éviter de perdre du temps ou de l'argent.

  • Aucun de ces agents ne passe d'ordre. Aucun connecteur ne le permet aujourd'hui. Alors méfie-toi de quiconque laisse entendre le contraire.
  • Ils ne connaissent pas ta situation. Ni ton horizon, ni ta capacité à encaisser une perte, ni ta fiscalité. Un modèle ne sait pas que tu as besoin de cet argent dans trois ans.
  • Ils ne te protègent pas de toi-même. L'outil va beaucoup plus vite que toi, et c'est précisément ce qui le rend risqué. Il te donne une conviction en dix minutes là où il te fallait dix heures pour la construire.
  • La qualité de la sortie dépend de la qualité de l'entrée. Un rapport annuel complet donne une analyse solide. Un communiqué de presse donne un communiqué de presse reformulé.

Alors où j'en suis, moi, avec tout ça.

Pendant longtemps, les modèles financiers et les équipes d'analystes coûtaient des dizaines de milliers d'euros par an, et c'était réservé à une poignée de gens. Aujourd'hui une partie de ces capacités est entre les mains de n'importe qui. Et honnêtement, je trouve ça formidable.

Mais le travail ne disparaît pas, il se déplace. Produire une analyse, l'outil sait le faire. La relire, ça reste à toi. Et c'est une compétence complètement différente — c'est d'ailleurs celle qui fait la différence entre quelqu'un qui comprend ses risques et quelqu'un qui les subit.

Et je te le dis comme je le pense : ce que je te montre là, c'est ma façon de lire un outil. Ce n'est pas un conseil en investissement, je m'efforce plutôt de faire de l'éducation financière. Tes décisions t'appartiennent, et toi seul connais ta situation. Alors fais tes propres recherches avant d'investir.

Porte-toi bien. C'était MONARQ.